| |
 |
 |
| 22/02/2005 |
| LIRE, ECRIRE ET COMPTER : ELEMENTAIRE ? par Serge Roy |
Avec l’ordinateur, entend-on souvent, plus besoin de savoir ni lire ni écrire. Quant à compter, il y a longtemps que la calculette dispense les jeunes de savoir le faire !
Il suffit de cliquer, copier-coller, se fier au correcteur automatique d’orthographe et de grammaire et même, le cas échéant, au traducteur, et le tour est joué. Avoir et être seront toujours correctement conjugués et l’avenir ne sourira pas qu’aux forts en thème.
Les adeptes des licences orthographiques des SMS n’ont plus à craindre les dictées. Fini le laborieux apprentissage des mécanismes élémentaires.
Finie l’ère des cancres. Au rancart le bonnet d’âne ! L’être humain, animal social doué d’intelligence et de parole, peut enfin, quel que soit son niveau, se consacrer à ce qui lui plaît. Cette perspective d’égalité des chances a quelque chose de séduisant, avouons-le. Certes.
Mais savoir lire, ce n’est pas seulement être capable de déchiffrer, c’est aussi et surtout comprendre ce que l’on lit. Savoir écrire, c’est rédiger. Savoir compter, c’est faire parler les chiffres et leurs opérations et voir à quoi ils correspondent. Et tout cela s’apprend, n’est pas inné. Se fier aveuglément aux premiers résultats fournis par la machine, sans vérifier que l’on n’a pas fait de faute de frappe, sans s’interroger si le poids, la longueur, le taux ou le prix trouvés sont plausibles, piège plus d’un candidat au baccalauréat.
Dans un monde contractualisé à chaque instant de la vie, judiciarisé chaque jour davantage, il est plus que jamais indispensable de savoir lire, écrire et calculer ce à quoi on s’engage et ce que l’on risque sous peine de perdre physiquement et intellectuellement sa liberté. Et là on s’aperçoit que la moindre ponctuation a son importance.
Pour parler « boutique » : nos récentes démarches en vue de conserver l’agrément ministériel nous ont bien montré que si l’informatique est un outil fort commode, quand elle fonctionne sans problème, la lecture et la rédaction de textes réglementaires demandent davantage que des connexions électroniques. La réalisation de Sport dans la Cité par les bénévoles que nous sommes obéit aux mêmes exigences. L’école de la République n’en a donc pas fini de devoir nous enseigner les rudiments
et l’évolution spectaculaire des techniques ne peut masquer les efforts nécessaires qu’il faudra toujours consentir pour apprendre, c’est-à-dire à la fois pour recevoir et pour donner la connaissance.
Elèves et professeurs n’ont pas fini de remettre cent fois sur le métier leur ouvrage. Jusque là, on n’a parlé que de choses de l’esprit, mais il y a également le corps : « Mens sana in corpore sano » dixit déjà Juvénal en son temps. Le corps a lui aussi son langage, son expression. Ses mouvements sont écriture. Il faut savoir le lire, le connaître, donc l’avoir appris, l’éduquer pour pouvoir compter sur lui.
La tête bien faite vient au secours de la tête bien pleine en s’aidant des jambes. N’est-il pas alors pour le moins curieux et inquiétant qu’à une époque où de plus en plus de jeunes se sentent mal dans leur peau, par conséquent dans leur corps, et dans la société, on sorte l’Education Physique et Sportive – éducation au corps et par le corps – du socle des enseignements de base ? N’est-il pas troublant que cela survienne au moment même où on insiste, à juste titre, sur les valeurs éducatives et sociales du sport ? Sans vouloir regarder dans l’assiette du voisin, on remarquera que la Culture a réussi, semble-t-il, à faire réintégrer l’éducation artistique – musique et arts plastiques – dans ce socle.
Le Sport le veut-il, le peut-il ? Elémentaire ? Fondamental, mon cher… !
Serge ROY, Président de le FNOMS |
|
|